Intelligence artificielle

    La Chine et l’IA : 5 faits sur un futur que nous refusons de voir

    Pierre Lefebvre
    6 min de lecture
    La Chine et l’IA : 5 faits sur un futur que nous refusons de voir

    Pendant que l’Europe régule avec son AI Act, que les États-Unis se repolarisent petit à petit vers un trio IA Google, AWS, Microsoft (puisque mon avis est que Microsoft mettra la main sur OpenAI et AWS sur Anthropic lorsque leurs financements seront épuisés) et qu’une majorité de Français sont à des années-lumière de comprendre ce qui est en train de se jouer, trop occupés à d’autres débats, alors que la révolution technologique, industrielle que nous vivons est majeure (probablement équivalente à l’apparition de l’électricité) et que nous avons de vrais champions en terme d’IA !

    … une autre réalité se construit silencieusement. Réalité qui relèverait probablement de la science-fiction pour beaucoup.

    Loin de se limiter à une simple course technologique, Pékin met en œuvre une vision radicalement différente : celle d’une société entièrement remodelée par l’IA. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est le cœur du plan « AI+ » lancé par le gouvernement chinois.

    Ce modèle, planifié et centralisé, est un défi direct à nos normes libérales. C’est un modèle de gouvernance pour le XXIe siècle que Pékin commence déjà à exporter via sa « Route de la Soie Numérique ».

    Comprendre la « Route de la Soie Numérique »

    Lancée en 2015, la Digital Silk Road est le bras armé technologique des “Nouvelles Routes de la Soie”. Concrètement, la Chine finance et déploie ses infrastructures (5G, câbles sous-marins, data centers, systèmes de surveillance “Smart City”) dans les pays émergents (Afrique, Asie, Amérique Latine).

    L’enjeu ? En installant son hardware et son software (Huawei, ZTE, Alibaba), Pékin n’exporte pas seulement de la technologie, mais aussi ses normes, ses standards et sa vision du contrôle social, créant une sphère d’influence numérique alternative au modèle occidental.

    J’ai analysé pour vous 5 aspects méconnus de ce projet titanesque qui me fascine, m’épate autant qu’il m’effraie.


    1. La « sécurité de l’IA » : protéger l’État, pas l’utilisateur

     

    C’est le point fondamental. En Occident, l’”AI Safety” concerne les biais, la protection des données ou les droits humains.

    Pour Pékin, la définition est inversée. La sécurité nationale prime. Un rapport de l’ASPI (Australian Strategic Policy Institute) a révélé que la priorité est de s’assurer que l’IA s’aligne sur les « valeurs socialistes fondamentales » et préserve la stabilité du régime.

    L’objectif n’est pas de protéger l’utilisateur de l’IA, mais de protéger l’État de l’utilisateur.

    La preuve ? Ernie Bot, le ChatGPT de Baidu, devient muet dès qu’on évoque la place Tiananmen. Ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité native : la censure est intégrée au code même, transformant la technologie en outil de discipline politique automatisée.

    2. La propagande industrielle : le “Censorship-as-a-Service”

     

    C’est une conséquence fascinante des régulations chinoises. En obligeant chaque entreprise à modérer strictement ses contenus, l’État a créé un marché colossal.

    Les géants comme Tencent ou ByteDance ne gardent plus leurs outils de censure pour eux. Ils les vendent sous forme de services (SaaS) aux plus petites entreprises. La conformité politique est devenue un modèle économique rentable.

    Mais l’État va plus loin : il ne se contente plus de filtrer l’information, il la produit. L’IA permet de créer des porte-paroles infatigables, disponibles 24/7 et parfaitement alignés sur la ligne du parti, rendant la présence humaine obsolète dans les médias d’État.

    📺 À voir : Le premier présentateur de JT entièrement virtuel par l’agence Xinhua

    3. La justice redéfinie : vers une « chaîne pénale algorithmique »

     

    Oubliez les débats théoriques sur la justice prédictive. En Chine, le système judiciaire intègre l’IA à chaque étape.

    • Surveillance active : Le « City Brain » de Shanghai agrège les données pour anticiper les troubles.

    • Intervention robotisée : Sur le terrain, la technologie s’incarne physiquement. À Wenzhou, des robots patrouilleurs assistent la police, capables de lancer des filets ou d’intervenir en milieu hostile.

       

      📺 À voir : La nouvelle recrue robotique de la police chinoise en action

       

    • Tribunaux intelligents : Dans certaines provinces, l’IA rédige des ébauches de jugements et calcule les peines probables. Si l’efficacité est redoutable pour désengorger les tribunaux, l’opacité pour la défense est totale.

    4. L’IA gère désormais l’amour et la mort

     

    L’intrusion technologique ne s’arrête pas à la porte de la maison ; elle pénètre l’intimité.

    Dans une société sous pression, on voit émerger des « compagnons virtuels » sur mesure, comblant le vide affectif de millions de jeunes Chinois.

    Plus troublant encore : la « résurrection numérique ». Pour à peine 20 yuans (quelques euros), des entreprises sur Taobao créent des avatars de défunts basés sur leurs photos et enregistrements vocaux. Lors de la fête de Qingming (hommage aux ancêtres), le deuil devient un processus géré et médiatisé par la machine, brouillant la frontière entre souvenir et interaction active.

    5. « AI+ » : Le plan pour optimiser la société et l’industrie

     

    Ne voyez pas l’approche chinoise comme une simple stratégie économique. C’est un projet politique global formalisé par l’initiative gouvernementale « Intelligence Artificielle+ » (2024). L’objectif est d’intégrer l’IA comme l’épine dorsale de la société et de l’industrie.

    • L’ère des “Dark Factories” (Usines Noires) : La Chine pousse l’automatisation à son paroxysme avec des usines conçues pour fonctionner dans le noir complet, 24h/24, sans aucun humain. Xiaomi a récemment inauguré une usine à Pékin capable de produire un smartphone toutes les secondes, pilotée à 100% par des robots et des systèmes IA qui s’auto-optimisent.

    • Le pivot stratégique : Cette transition s’accompagne d’un virage massif vers le tout électrique. Loin de simplement licencier, l’État orchestre une reconversion massive : les ouvriers des lignes de production sont formés à la supervision robotique et à la maintenance IA, basculant d’une main-d’œuvre d’exécution à une main-d’œuvre de pilotage.

    • L’éducation sous surveillance : Des bandeaux neuronaux et des caméras analysent l’attention des élèves en temps réel pour “optimiser” l’apprentissage, quantifiant la concentration au détriment de la vie privée des enfants.

       

      📺 À voir : L’IA surveille et analyse l’attention des élèves dans les écoles

       

    • L’économie fluide et tracée : Le paiement par reconnaissance faciale (comme le « Smile to Pay » d’Alipay) supprime les frictions… et l’anonymat.

       

      📺 À voir : Smile to Pay : Payer avec son visage devient la norme

       

    • L’automatisation du quotidien : De la restauration à la logistique, les services se robotisent à une vitesse fulgurante, remplaçant serveurs et livreurs par une flotte autonome.

       

      📺 À voir : L’automatisation spectaculaire des services au quotidien


    Conclusion

    De la marchandisation de la censure aux usines autonomes, en passant par la gestion algorithmique du deuil, le modèle chinois n’est pas juste une prouesse technique. C’est une proposition de société.

    Pendant que nous nous demandons si l’IA va changer nos vies, la Chine a déjà décidé comment elle allait le faire. Et elle construit activement cet avenir, prête à l’exporter à qui voudra l’acheter.

    En Europe, nous avons des atouts certains, nous portons une vision éthique mais j’ai le sentiment que nous avons une bonne dizaine d’années de retard en terme d’acculturation, de déploiement, d’ambition.

    Merci d’avoir lu cette analyse. Si elle vous a éclairé, n’hésitez pas à la partager. Mon but est de vous rendre intelligemment IA-compatibles, pour que la technologie reste au service de l’Homme, et non l’inverse.

    On se retrouve dans deux semaines pour le prochain numéro, un récap de l’année 2025 juste avant Noël.

    À très vite.

    Partager cet article

    Pierre Lefebvre

    Pierre Lefebvre

    Fondateur de Pilily, expert en intelligence artificielle et transformation digitale des entreprises.

    Nous utilisons des cookies pour la mesure d’audience et, avec votre accord, pour des fonctionnalités publicitaires. Vous pouvez accepter ou refuser.

    hIAppyen ligne

    Une question sur l'IA pour v|

    Répondre

    hIAppy

    IA • En ligne

    Bonjour ! 👋

    Je suis l'assistant IA de hIAppy. Comment puis-je vous aider à explorer l'IA pour votre entreprise ?