🍳 Cuisiner l’IA : de l’ingrédient au menu stratégique

Vendredi dernier, en discutant avec une dirigeante, elle m’a dit :
« Chez nous, chacun utilise ChatGPT dans son coin… mais au fond, ça ne change rien à l’entreprise. »
Cette phrase résume le paradoxe de l’IA en 2025.
Jamais un outil n’a été aussi vite adopté à titre personnel : 700 millions de personnes utilisent ChatGPT chaque semaine, mais seuls 27 % de ces usages concernent le travail.
Autrement dit : dans la sphère privée, on cuisine déjà beaucoup avec l’IA, mais au bureau, la cuisine reste souvent froide.
Merci d’avoir lu Carnets de la tech utile ! Abonnez-vous gratuitement pour recevoir de nouveaux posts et soutenir mon travail.
Pourquoi ce décalage ? Parce que l’IA en entreprise n’est pas seulement une affaire de technologie. C’est une question d’organisation, de culture… et de gouvernance.
Et pour l’expliquer, rien de mieux que la métaphore culinaire.
1. Les ingrédients : l’IA outil
Quand un collaborateur ouvre ChatGPT pour résumer un rapport ou rédiger un email plus vite, il utilise l’IA comme un ingrédient unique qu’il ajoute à son plat du jour.
C’est pratique, ça gagne du temps, ça dépanne.
Mais imaginez un garde-manger où chacun vient piocher sans coordination : un peu de sel par ici, une pincée de curry par là , parfois du chocolat sur une pizza. Résultat : des plats hétéroclites, pas toujours digestes.
👉 C’est exactement l’IA outil :
-
chacun bricole dans son coin,
-
on grappille des minutes,
-
mais il n’y a ni cohérence, ni effet collectif.
Exemple concret : un collaborateur utilise un outil de sous-titrage automatique pour ses vidéos. Très utile… mais l’impact reste personnel.
Le risque : croire qu’on “fait de l’IA” alors qu’on ne fait que saupoudrer des épices sur des plats qui n’ont pas de recette.
2. La brigade : l’IA levier
La vraie bascule commence quand une équipe s’organise.
Là , on ne cuisine plus en solitaire : on met en place une brigade, avec des rôles, une méthode, un objectif commun.
👉 C’est l’IA levier :
-
quelques personnes clés changent leur façon de travailler,
-
l’IA devient un appui collectif,
-
on transforme un processus métier important, même si ce n’est pas encore vital.
Exemple : un centre de relation client déploie un callbot. Les appels simples sont traités automatiquement, les conseillers humains se concentrent sur les cas complexes.
Résultat : une meilleure réactivité, des coûts réduits, des collaborateurs qui retrouvent du sens.
Métaphore culinaire : c’est la différence entre chacun qui ramène son ingrédient… et une brigade qui suit une recette commune pour préparer un plat de qualité.
Le risque : rester bloqué là . Beaucoup d’entreprises en restent à l’IA levier : elles testent, elles améliorent, mais n’osent pas passer à l’échelle. Un peu comme un restaurant qui sait préparer un plat du jour correct, mais jamais un menu complet.
3. Le menu : l’IA moteur
L’étape la plus ambitieuse, c’est l’IA moteur.
Ici, l’IA ne sert plus seulement à agrémenter un plat ou à fluidifier une préparation. Elle devient la cuisine elle-même.
👉 Concrètement, c’est la refonte complète d’un processus critique :
-
automatisation de bout en bout,
-
décisions algorithmiques supervisées par l’humain,
-
impacts sur plusieurs services et métiers à la fois.
Exemple : dans le retail, l’automatisation des approvisionnements par IA. Résultat : moins de surstocks, moins de ruptures, des millions d’euros économisés chaque année.
Métaphore culinaire : l’IA moteur, c’est quand le restaurant entier est pensé autour d’une carte cohérente, avec un chef qui choisit les plats, une équipe formée et des clients qui savent à quoi s’attendre.
Le résultat : l’IA cesse d’être un gadget. Elle devient un pilier stratégique, un avantage concurrentiel durable.
4. Devenir chef : gouvernance et confiance
Reste une question clé : qui décide du menu ?
Dans une cuisine, c’est le chef. En entreprise, ce sont les dirigeants.
Sans eux, on reste au stade des ingrédients dispersés ou des plats du jour improvisés.
Avec eux, on peut bâtir une carte cohérente, durable, alignée sur la stratégie de l’entreprise.
👉 Pour passer à l’IA moteur, il faut :
-
Créer la confiance : expliquer, former, sécuriser les usages.
-
Mesurer le ROI autrement : oui, les gains financiers comptent. Mais il faut aussi valoriser les bénéfices invisibles : acculturation, attractivité, gouvernance renforcée.
-
Avancer par itérations : évaluer → initier → déployer → performer.
-
Assumer un rôle de chef : poser une vision claire, arbitrer les priorités, incarner la transformation.
Métaphore culinaire : impossible de gérer une brigade sans règles d’hygiène, de sécurité et sans formation continue. L’IA, c’est pareil : sans gouvernance, on risque l’intoxication collective.
Du grignotage au menu étoilé
Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises grignotent l’IA.
Quelques ingrédients par-ci, quelques plats improvisés par-là .
C’est sympathique, mais ça ne nourrit pas une stratégie.
Celles qui réussiront seront celles qui auront su passer :
-
de l’IA ingrédient (outil),
-
à l’IA plat collectif (levier),
-
puis à l’IA menu stratégique (moteur).
La cuisine de l’IA ne se limite pas à ouvrir un garde-manger numérique.
Elle consiste à bâtir une carte cohérente, avec une brigade formée et un chef qui donne la vision.
👉 Pour celles et ceux qui veulent approfondir ce parallèle entre cuisine et IA en entreprise, je développe le sujet dans mon livre blanc “IA en entreprise : Comment les dirigeants peuvent-ils être le moteur de la transformation ? “ : pilily.com/livre-blanc-dirigeants-ia
Un guide complet pour comprendre, adopter et gouverner l’intelligence artificielle dans votre organisation.
Partager cet article
Pierre Lefebvre
Fondateur de Pilily, expert en intelligence artificielle et transformation digitale des entreprises.


